Le lendemain le réveil sonne à 7 heures. Je me lève et vois que Julie est rentrée durant la nuit. On passe toutes les quatre sous la douche et à 8 heures nous descendons manger. Julie s'éloigne vers le garçon blond de la veille et me fait signe de la suivre. Je m'installe à côté d'eux et mange en silence.
« Elle est pas bien bavarde ta copine.
- Laisse la tranquille elle est nouvelle. »
Mais pourquoi tout le monde dit que je suis nouvelle ? C'est le jour de la rentrée, plein d'élèves doivent arriver chaque année !
Après manger nous allons ensemble dans le hall pour chercher nos numéros de classe. En chemin je lui pose la question qui me trotte dans la tête. Elle m'explique que la plupart des élèves arrivent au début du secondaire et que donc ici tout le monde se connaît.
« Ah ok ! Et t'es là depuis longtemps ?
- A peu près trois ans. Mon frère a été placé ici pour mauvaise conduite et comme mes parents trouvaient que c'était bien ils m'y ont envoyé aussi.
- T'as un frère ici ?
- Ouais, ce con a envoyé un élève à l'hosto alors il s'est fait virer. »
Nous arrivons en face des listes. Il y a 4 classes du niveau de première. Je parcours des yeux la première liste, essayant de lire les noms par-dessus les nombreuses épaules. Je passe ensuite à la seconde, Julie sur les talons qui ne voit rien, du haut de son 1m59. Voilà ! Lisa Lefrêne.
« Est-ce que tu vois Desrosiers écrit ? me demande Julie en criant à moitié.
- Euh... Oui ! Tu es là aussi. »
Je me retourne et lui fais un grand sourire de soulagement. Ce petit énergumène est plutôt sympathique finalement !
Direction la salle 12, au rez de chaussée. Le cours commence à 9 heures. Nous allons devant la salle, Julie connaît la plupart des élèves et ce sont tous, d'après elle, des fils à papa incapables de faire autre chose que lécher le cul des profs. Une petite bonne femme, les cheveux châtains coupés au carré et de grands yeux bleus s'avance jusqu'à nous et nous fait entrer dans la salle. Julie se précipite au troisième rang sur la gauche, je la suis. S'ensuit une heure interminable où Madame Carlier nous rabache le règlement intérieur ainsi que la difficulté des examens de fin d'année. A la fin seulement elle nous distribue un bout de papier vert fluo avec écrit en gras « Emploi du temps classe 22 ».
« Y a plus de 22 classes ?!
- Ouais y a environ 4 classes par niveau et ça commence à 12 ans.
- Ah je vois. »
La sonnerie –pire que tout ce que l'on peut imaginer- sonne enfin. Nous avons tous la matinée de libre et reprenons les cours selon l'emploi du temps à 13 heures. Nous partons nous balader dans le parc qui entoure l'école et Julie m'explique que la plupart des élèves sont externes. Elle raconte aussi qu'elle ne rentre qu'un week end sur deux chez ses parents. Vu qu'ils sont divorcés elle va tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre, elle ne les voit donc qu'une fois par mois. Il y a encore quelques semaines j'aurai pu la plaindre mais maintenant non, je ne sais même pas quand est-ce que je vais revoir mon père et mes deux petites s½urs ! Julie a bien compris que je n'aime pas parler du passé et encore moins de ma famille, nous ne sommes pas encore assez proches pour cela. Il faudra qu'elle attende un peu, je ne me confie pas facilement. Nous marchons toujours, une légère brise nous ébouriffe les cheveux. Nous parlons de nous, de l'avenir. Julie rêve de percer dans la musique. Moi, je ne sais pas. En fait je n'ai jamais su. Petite, alors que tous les enfants rêvent d'être pompier, astronaute, danseuse ou vétérinaire, moi je répondais « Ché po ». Eh bien ce « Ché po » est toujours d'actualité.
Il y a un grand nombre d'élèves dans le parc, certains externes se dirigent vers la grille pour rentrer chez eux. Nous longeons un bosquet d'arbres lorsque nous rencontrons un groupe de trois garçons. L'un d'entre eux, petit et brun comme Julie, lui ébouriffe les cheveux en ricanant.
« Casse toi Desrosiers, lui répond-elle sèchement.
- Hé petite s½ur, tu te rebelles ?
- Casse toi je t'ai dit ! »
Sans l'embêter plus, il part suivit de ses deux copains.
« C'était ton frère ?
- Ouais, quel crétin !
- Il s'appelle comment ?
- Qu'est ce que ça peut faire ?
- Rien... C'était juste comme ça.
- David.
- Ok ! Il a l'air sympa.
- Tu plaisantes ?! C'est un gamin immature et hyperactif. Il est infernal !
- Au moins on doit pas s'ennuyer avec lui.
- C'est clair ! Ses copains et lui se retrouvent sans cesse chez le directeur, nos parents piquent d'ces crises. Au moins, mes escapades nocturnes dans le couloir des garçons passent inaperçues, me dit elle en riant.
- J'imagine, dis-je avec un sourire. »
On retourne maintenant vers l'entrée. Julie veut me montrer le reste du lycée avant la reprise des cours. Il se compose de deux bâtiments : le A et le B. Au rez-de-chaussée se trouvent les salles de cours, le réfectoire, les salles administratives et l'infirmerie. Au premier étage il y a le couloir des garçons et au deuxième celui des filles. Après avoir fait un tour on s'installe en salle de permanence et sortons notre emploi du temps. Chaque jour nous commençons les cours à 9 heures et finissons à 16 heures sauf le mardi à 17 heures et le mercredi à 11 heures. Midi sonne enfin et nous nous dirigeons vers le réfectoire. On s'installe à côté de Carly et Joanna, nos camarades de chambre. Elles sont ensemble dans la même classe, la 23. On parle de tout et de rien. J'apprends que Julie ne sort pas avec Emeric mais que ça ne saurait tarder. Quant à Carly elle n'a jamais eu de petit ami et Joanna sort en ce moment avec un certain Paul, âgé d'un an de plus. Ces deux filles sont totalement opposées, je ne comprends pas comment elles font pour s'entendre ! Joanna a toujours le sourire et semble être la joie de vivre même. Alors que Carly parait taciturne ainsi que plus renfermée sur elle-même, et elle continue à m'appeler la nouvelle !